Je suis tombée par hasard sur ce texte, joliment écrit, avec ce qu’il faut de pudeur et de ressenti. Le texte « L’impossible est éphémère « , Ma boite l’était aussi » de Jonathan Charrier m’a interpellé, ému un peu, beaucoup… Pour la première fois, je lisais le témoignage d’un entrepreneur concernant la liquidation de sa société, proche de ma propre expérience et de mon ressenti.

Article révisé le 23/02/2020

Trancher le nœud gordien

Au printemps 2011, j’ai connu la liquidation. J’ai connu les étapes décrites : les doutes, l’épuisement, le constat des impayés, la trésorerie insuffisante et la reprise qui n’arrive pas malgré quelques contrats… J’ai aussi fait connaissance avec mes limites physiques et professionnelles.

Je ne me suis jamais sentie aussi isolée. Je ne voulais pas inquiéter les membres de ma famille, mes parents surtout.

Sans associé et sans actionnaire, la décision m’appartenait. Je ne regrette pas cette absence de tiers, même si à ce moment-là, j’étais seule devant un mur qui me semblait infranchissable.

Finalement, cela a simplifié les choses et m’a permis d’avoir l’exclusivité des décisions, donc d’assumer entièrement les événements.

Pourtant, il m’a fallu des semaines pour admettre et avoir la force de prendre cette décision qui badinait dans ma tête. Mais, une fois prise, tout est apparu clair et j’ai ressenti presque immédiatement la délivrance.

Lorsque la décision est prise, c’est 3/4 du chemin qui est fait…

La liquidation, une formalité si simple

L’inconnu fait toujours peur.

En 2011, la littérature sur la liquidation était rare, voire inexistante. Je crois que c’est toujours le cas. Si la création d’entreprise est un marché porteur pour les institutions (CCI, greffe, etc.), les sites, la presse, les comptables et les agences diverses et variées… La liquidation l’est beaucoup moins !

C’est ce qui a retardé ma décision. C’était le grand saut dans l’inconnu !

Si c’était à refaire, je gagnerais plusieurs semaines d’angoisse qui se sont avérées inutiles.

Après le dépôt du dossier, tout s’est enchaîné simplement. L’audience s’est passée dans le calme, face à un juge compréhensif. Il a aussi bien compris que j’avais l’intention de limiter les « pots cassés ».

Le liquidateur a pris la relève et quelques semaines plus tard, tout cela était une histoire ancienne. Les salariés avaient retrouvé du boulot ou en profitaient pour entamer une formation. Je commençais un nouveau job en tant que salariée.

Bien entendu le RSI et l’URSSAF m’ont causé quelques soucis quelques années après et je suis toujours en procédure avec l’ex-RSI encore à ce jour…

Mais bon ! Leurs dysfonctionnements font partie de l’entrepreneuriat !

Et beaucoup de maturité et de confiance en soi en apport

« Parfois la vérité fait mal, mais la maturité d’accepter la vérité nous fait grandir ».

Comme Jonathan Charrier, je ne regrette pas les 6 années de cette expérience d’entrepreneur. Elles m’ont permis d’atteindre mes limites et de savoir qui j’étais, jusqu’où je pouvais aller, et surtout à quoi j’aspirais. Cela m’a aussi permis aussi d’apprendre beaucoup au niveau professionnel, social, culturel, etc.

En tant que femme et d’origine ouvrière, avec un parcours scolaire ayant été chaotique jusqu’à l’université où j’ai découvert le plaisir d’apprendre, j’ai fait un « pas de géant » en matière de confiance en moi.

Aujourd’hui, ma vie m’appartient.

Maintenant, j’entends avec beaucoup de distance l’admiration ou le mépris concernant ma personnalité atypique. J’assume ma part de folie et d’inconscience (très) contrôlées quand j’ai envie d’agir et/ou de réaliser un projet, si j’y crois.

Cela me mène parfois dans des situations un peu rocambolesques, mais comme je dis « Au moins, c’est fait ! C’est un regret en moins ». Et malgré tout, je n’engage personne dans mes aventures et je m’arrange pour ne pas perdre le contrôle des événements. Alors tout va bien.

Tout cela m’a aussi permis de mieux comprendre l’Autre et d’être aussi extrêmement tolérante sur l’existence et la personnalité des autres.

En revanche, mon imperméabilité aux remarques semble agacer fortement certaines personnalités lorsque je ne réagis pas (plus) à leurs humiliations ou provocations.

Entreprendre est une initiation intérieure sans retour

Je ne permettrai pas d’émettre des conseils et des encouragements pour vous lancer dans la création d’entreprise. Cette dernière apporte autant d’intensités dans ce qu’elle donne et que dans ce qu’elle prend.

Devenir Entrepreneur est une aventure personnelle qui vous changera de manière irrémédiable. Vous seul pouvez savoir si vous avez l’âme d’un guerrier et si vous êtes prêt à gagner autant qu’à perdre…

Une seule chose est sûre : cette aventure vous transforme sans retour possible.